Homme tenant en main un outil pour travailler du bois

DEVENIR DES MÉTIERS

Transition énergétique et numérique du bâtiment : pas sans les artisans et les cols bleus.

La transition énergétique réside dans la rénovation du parc existant

Le patrimoine français est composé d’un peu plus de 33 millions de logements soit de 27 à 28 millions de logements construits avant les années 2000, qui représentent environ 3 milliards de m² de logements ; auxquels il faut additionner le bâtiment tertiaire qui représente peu ou prou, 1 milliard de m². On peut donc considérer que nous avons à rénover 4 milliards de m² alors que nous construisons 55 millions de m² chaque année et autant en rénovation.

La transition énergétique du bâtiment repose sur les Artisans et les PME

Une autre donnée de l’équation que nous avons à résoudre, c’est la donnée humaine : le Chiffre d’affaires annuel du bâtiment tourne autour de 120 milliards d’€ réalisé par 1,5 millions d’ouvriers dont 482 000 artisans, de 200 000 travailleurs immigrés (2/3 des immigrés qui arrivent en France travaillent dans le bâtiment), de 109 000 intérimaires et de 120 000 travailleurs détachés en provenance essentiellement des pays de l’Est européens.

 

Ces derniers chiffres sont importants, non pas, vous l’imaginez bien, pour des considérations discriminatoires mais pour bien saisir la difficulté de compréhension des consignes, des normes et des codes. A noter aussi que sur les 123 milliards de CA annuel, 80 milliards sont réalisés par les entreprises de moins de 20 salariés ; 60 milliards, par des entreprises de moins de 10, alors que seulement 11 % des ouvriers de chantier du bâtiment travaillent dans des entreprises de plus de 200 salariés (soit environ 150 000 salariés).

 

Le défi du Facteur 4 inatteignable ?

L’objectif de la France est d’atteindre le facteur 4, autrement dit le fait de diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. La COP 21 ne manquera pas d’y revenir. Or nous savons désormais que pour atteindre cet objectif, le bâtiment qui contribue à hauteur de 44 % des émissions de GES devra rénover tout son stock. Si nous prenons comme hypothèse que nous serons amenés à rénover 1,5 fois le patrimoine bâti en 35 ans, cela revient à traiter de 4 à 6 milliards de m² d’ici 2050, soit entre 100 à 150 Millions/m²/an à 3 fois plus qu’aujourd’hui.

 

Et si nous prenons un autre mode de calcul, nous arrivons à des conclusions similaires. En effet, aujourd’hui, nous rénovons environ 400 000 logements par an : 28 millions de logements en stock à rénover aujourd’hui divisés par 400 000 = 70 ans. Si nous les rénovons 1,5 fois le patrimoine bâti en 70 ans, nous arriverons à nos fins en 2120. Ce qui est faux puisque nous devrons aussi rénover tous ceux qui auront été construits entre 2000 et 2020, date à laquelle les logements devront être à énergie positives. A toute chose égale par ailleurs… si nous prenons en compte le gain de productivité qui ne manquera pas de corriger ces chiffres grâce aux nouvelles technologies.

 

La non-qualité structurelle du bâtiment incompatible avec la RT 2012

Le constat est sans appel et il est fait par toute la filière : Les artisans, les entrepreneurs de toutes les tailles, de la TPE à la TGE en passant par l’ETI, les maîtres d’ouvrages, les architectes, les bureaux d’étude, les organisations professionnelles en Région, les associations et les Assureurs… les rapports de l’Agence de la qualité de la construction (AQC), le retour d’expérience édité dans le cadre du plan RAGE (Règles de l’art du Grenelle de l’Environnement) et nombre de rapports… Tous relèvent le manque de compétences, les relations délétères et l’affaissement de la valeur ajoutée ; manque de préparation, d’anticipation ; trop-plein de normes et blocages administratifs ; excès de contraintes et de défiance, d’incompréhension…

 

200 000 sinistres sont déclarés par an et les assurances versent 1 milliard de dédommagement. Mais nous savons que les assurances ne prennent en compte les sinistres qu’après la réception des chantiers : aussi les maîtres d’œuvre et d’ouvrage sont-ils très pointilleux (à juste raison) sur le lever les réserves. Alors on casse, on modifie, on refait, on livre 2 fois voire 3 fois les mêmes matériaux… L’AQC considère que toute ces malfaçons coûtent entre 10 milliards d’€ et 25 milliards d’€ aux entreprises.

 

Christian Baffy, ex-président de la FFB et actuel président de la SMABTP et de Immobilière 3F considère que les entreprises du bâtiment ont perdu 11 % de la Valeur Ajoutée en 15 ans. Mais si jusqu’alors, la non-qualité dans le bâtiment n’empêchait personne de dormir, elle est aujourd’hui rédhibitoire avec l’arrivée de la RT 2012 et l’obligation de résultat qu’elle implique dans la performance énergétique.

Des initiatives à étendre

J’ai conscience que l’on ne m’a pas attendu pour se mettre en ordre de marche et tenter des expériences qui ont des résultats probants et qui nécessiteraient d’être étendues ; à Paris, en Région, dans d’autres pays, dans les collectivités territoriales, les organismes publics, les organisations professionnelles… les initiatives sont nombreuses.

Par exemple, l’initiative de la FFB IDF EST (dit Btp77) avec la formation-action au lean-construction : une méthode issue de l’automobile (Toyota) qui consiste à analyser et supprimer tout ce qui gaspille temps et argent. En Isère, le projet DOREMI qui favorise la bonne pratique dans des groupements de compétences à qui les collectivités locales ont confié plusieurs chantiers en contrat cadre. Des formateurs territoriaux interviennent sur les chantiers de rénovation, encouragent et rectifient si nécessaire, la mise en œuvre. Des initiatives de ce type ont aussi fait leur apparition dans le Nord, en Alsace et sans doute ailleurs.

Le BIM pour endiguer la non-qualité

Le BIM (Building Information Modeling) permet de gérer en amont, avant le premier coup de pelle, tous les conflits techniques, géométriques, environnementaux mais aussi les budgets, les plannings, les informations techniques jusqu’à la programmation des interventions de maintenances tout au long de la vie de la construction. La numérisation permet les simulations et toutes les conséquences qu’entrainent chaque modification et ce n’est pas là son moindre intérêt… c’est un outil de simulation multi-physiques : structure, acoustique, énergie, etc. véritable avatar du bâtiment réel et de simulation de son comportement en plus de sa géométrie.

 

Le BIM est un transfert de technologie utilisée dans l’aéronautique, la construction navale ou automo­bile… En fait, le BIM existe depuis longtemps et n’est pas une grande révolution technique, puisque nous l’avons vu, la technologie provient d’autres industries, mais c’est clairement une avancée d’ordre organisationnel. Dans le bâtiment, il doit permettre de prévenir les incohérences porteuses de gaspillage de temps, de matériaux et d’équipements: en clair, d’argent.

 

De fait, l’organisation que le BIM induit aura des conséquences systémiques positives sur la productivité et la rentabilité des chantiers et des entreprises. Les anglais prévoient un gain de productivité de 20 %. En tout état de cause, l’organisation liée au BIM règlera une grande partie de la non-qualité. Cette nouvelle donne que représente le BIM est déjà comprise positivement par les TGE en particulier sur des chantiers comme le bâtiment de la Fondation Louis Vuiton ou celui de la Défense nationale, le site Balard. Pour autant, il n’est encore pas généralisé pour les chantiers de moindre complexité. Peut-on imaginer que le BIM puisse s’appliquer au secteur artisanal qui représente la moitié de la production française en matière de construction ?

 

Le col bleu est déjà entré dans l’ère du numérique

Si nous voulons imaginer une stratégie, partons du taux de pénétration du numérique dans le monde des TPE. Selon l’enquête de Batiactu pour la CAPEB, en 2015 :

  • 83 % des artisans utilisent Internet quotidiennement.
  • 69 % possèdent un mobile avec accès Internet
  • 71 % effectuent des achats en ligne ; ce qui, par ailleurs, modifie le rapport des artisans au système de distribution et l’interroge. Aujourd’hui les distributeurs de matériaux peuvent légitimement s’inquiéter et explorer d’autres types de services à développer s’ils veulent fidéliser leur clientèle professionnelle.

 

La facilité, la disponibilité, le suivi et le gain que la désintermédiation engendre nécessairement, va systématiquement se répandre dans l’entreprise et ce, d’une manière exponentielle, surtout à mesure que la génération Y arrive sur le marché. Mais si le taux de pénétration du numérique dans l’entreprise n’est pas aussi rapide que dans le monde familial et privé, l’artisan qui mélange facilement sa vie professionnelle avec sa vie privée, lui, évolue très vite. Contrairement à ce qui est coutume de penser, le BIM va très vite devenir une évidence pour les TPE.

 

Les travailleurs cognitifs du bâtiment 4.0

La question qui doit donc se poser est la suivante: comment aider les cols bleus à passer désormais du 2.0 au 4.0 ? Pour rappel, les « .0 » sont calqués sur l’évolution d’Internet : 2.0, c’est l’internet des réseaux ; le 3.0, celui des objets connectés ; et enfin, le 4.0, celui de l’intelligence artificiel : pour faire simple, le dialogue entre ordinateurs. Or, si nous voulons prévoir le futur de la construction, préparer le bâtiment de demain et ne pas nous laisser déposséder, nous devons anticiper. C’est tout au moins la question que ce sont posés les indus- triels allemands à la foire de Hanovre en 2013. Comment former les travailleurs du 4.0 ? Des travailleurs cognitifs dont le profil hybride aux compétences larges leur permettra une interopérabilité et une flexibilité nécessairement accrue dans un contexte de plus en plus complexe. Des travailleurs capables de rechercher par eux-mêmes des solutions en totale autonomie.

 

La formation initiale devra accomplir une révolution complète pour répondre à la seule mission qui soit, à savoir rendre employable un jeune diplômé. La formation au BIM doit être à la base de tout enseignement qui viendra enrichir une maquette de compétences. Le BIM doit être le centre à partir duquel la formation « verdie » devra être dispensée. Une pédagogie inversée où le jeune enrichira lui-même la maquette et sa pensée : la génération Y est éduquée à la recherche par elle-même.

 

Le professeur doit devenir un guide, un référent qui doit quitter sa posture de sachant. Le jeune a accès à une encyclopédie réellement universelle, tout au moins c’est ce qu’il pense ; il vérifiera à chaque instant l’enseignement traditionnel de son maître et le mettra à chaque fois qu’il le peut, devant ses contradictions. En construisant sa maquette numérique lui-même, l’étudiant édifiera sa propre connaissance mais aussi sa propre pensée. Quant à la formation continue, elle devra répondre à la création de profils personnalisés. Si notre génération a connu une remise en question permanente de ses connaissances, le rythme s’accélère exponentiellement. La formation à distance va répondre au besoin permanent de remise à niveau. Le support de la formation au BIM va être un catalyseur d’évolution de la formation

 

La complexification des systèmes nécessitera des profils hybrides

Des compétences qui répondront, nous l’avons vu, à la complexification des savoir-faire de métiers qui ne se contenteront plus de satisfaire à une définition liée soit au matériau travaillé, soit à une seule technique. Le développement des Smartgrids, de GTC (Gestion technique des constructions), d’équipements communicants, de revêtement à changement phases ou en général de nanomatériaux nécessitera des compétences élargies et une remise à niveau permanente.

 

Des travailleurs cognitifs qui seront aidés dans leurs activités par l’arrivée de technologies et d’équipements performants comme les capteurs, les puces RFID, les EPI intelligents, les imprimantes 3D, les drones, les grues à pilotage déporté ; les exosquelettes, les SCIO, scan, etc. ou encore la réalité augmentée… Tout va concourir à faciliter la tâche quotidienne des « cols bleus ». Ils seront aussi un atout pour attirer des jeunes vers les métiers de chantier, délaissés aujourd’hui.

L’internet des réseaux remet en cause l’ordre établi

Des métiers qui remettent en cause l’ordre établi sous l’influence des réseaux internet avec l’arrivée du coworking, du Co-équipement à l’instar du covoiturage, du Crowdfunding ou des capacités d’achat direct sur la toile. La désintermédiation va, elle aussi, libérer l’artisan de contraintes géographiques, techniques, voire financière. C’est donc, là encore, une véritable mutation organisationnelle de l’ensemble de la filière qui s’opère à vitesse grand V tant en terme de distribution verticale que de hiérarchisation des métiers.

 

Ajouté à cela le développement du BIM qui agglomère toutes les compétences liées au chantier, du Maître d’ouvrage à l’artisan (en passant par le MOE, BET, AMO, etc…) et qui incite à créer des groupements de compétences. Des nouveaux usages qui vont déranger les systèmes établis : les grandes entreprises qui faisaient office d’ensembliers vont se voir concurrencer par des TPE et PME, lesquelles, via les réseaux, vont être en mesure d’adapter les effectifs au chantier, pourront aussi être en mesure de participer aux marchés de conception‑réalisation-maintenance y compris en finançant les projets. C’est ce que proposent déjà plusieurs groupements d’entreprises de la Région parisienne. Le numérique va faciliter la tendance.

 

Attirer la génération Y ou Z

Car, à n’en pas douter, seule l’arrivée des nouvelles technologies, les NBIC (Nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives), le BIM, la réalité augmentée, les EPI intelligents ou les équipements connectés sera en mesure d’attirer la génération Y ou Z vers les métiers de chantier. Une génération sensible aux innovations, à l’image, au ludique, à ce qui est facile mais aussi juste et transparent. Elle souhaite pouvoir accéder partout et à tout heure aux informations et à son activité. Une activité qui propose un effort moindre. Et l’inventivité dans ce domaine est considérable.

 

La formation continue des artisans et des ouvriers du bâtiment doit être concrète, pragmatique et personnalisée pour être efficace. Le temps de l’artisan étant précieux, il doit pouvoir constater immédiatement un gain technique ou financier après une séance de formation. La formation-action organisée autour d’un projet réel et concret par des acteurs de terrain, recueille l’adhésion des cols bleus qui sont souvent réfractaires, parfois seulement par principe, à la théorie et aux bancs d’école…

 

Mes préconisations sont donc :

  • la mise en place « d’animateurs territoriaux » en entreprise, à l’instar de l’initiative prise en Isère avec le projet DOREMI qui est un exemple efficace de ce qui donne des résultats probants.
  • la formation au BIM à l’occasion d’un chantier réel pour les artisans et PME est la seule possibilité de formations efficace et rentable pour toutes les parties. Aujourd’hui, toutes les formations proposées dans ce domaine sont abstraites et incompréhensible pour des cols bleus (mais pas seulement). Nous en avons fait la démonstration avec un chantier de rénovation à Champs-sur-Marne. Rien ne sera efficace sans la volonté de Maitres d’ouvrage comprenant leur propre intérêt de créer des équipes capables de gérer leurs chantiers « tout au long de la vie » du bâtiment. Sans l’implication de maîtres d’ouvrage, la formation restera « cosmétique ».
  • un portail numérique de formation à distance qui serait hébergé sur le portail internet du bâtiment.
  • la création de formations numériques très précises (blended, moocs, visio), adaptées aux artisans dont la disponibilité est réduite. Des formations courtes voire pour certaines, de quelques minutes sur des points précis, à partir d’animations en images sont attendues.
  • la création de labels de formation qui seront nécessaire dans un univers numérique débridé.
  • l’élaboration d’un logiciel de profils personnalisés (matrice de compétences des métiers de chantier) permettrait à chacun de créer son propre parcours de formation tout au long de la vie. Une vie qui vivra une transformation toujours plus considérable de son propre métier. Une matrice qui permet- trait de connaitre et de mettre à jour les compétences à acquérir et qui déboucherait sur un ensemble de cours ciblés, à distance pour la plupart. La validation de l’acquisition des compétences pourrait permettre l’acquisition d’une certification ou d’un diplôme (voire VAE).

 

Quant à la formation initiale que nous avons déjà évoquée, les données qui montrent clairement l’effet ciseau qui se profile. Une impasse systémique dans laquelle nous allons être confrontés, sans même prendre en compte les besoins que fait ressortir le facteur 4.

L’apprentissage des métiers de chantier tend à la désertification

En 2014, le bâtiment compte 63 000 apprentis, en soit une perte de 25 % de ses effectifs depuis 2008 ; Or 1/3 des actifs présents en 2010 seront en retraite en 2020, soit 426 000 départs en retraite d’ici 2022 ; 128 000 recrutements/an sont donc nécessaires selon la croissance actuelle et 554 000 postes sont à créer à l’horizon 2022. A noter aussi que 60 000 postes d’ouvriers qualifiés sont aujourd’hui à pourvoir. Une grande part du manque de main d’œuvre est comblée par les travailleurs détachés, déclarés ou non.

Il semble donc temps de décréter un « plan Marshall » de la formation initiale. En Allemagne par exemple, 66 % des jeunes de classe d’âge font un apprentissage technique, alors qu’en Suisse, 75 % des jeunes de 15 ans prennent le chemin de l’atelier ou du chantier.

Chez ces voisins européens, les professionnels sont impliqués tant en ce qui concerne les programmes que le financement. Les professionnels sont très sensibles à l’actualisation des compé­tences. Cette approche leur ont permis de décréter un plan de formation destinée à répondre aux besoins de l’industrie de demain, l’industrie 4.0. C’est cette même démarche qui nous fera accéder à la performance économique et technique. C’est elle qui déclarera la guerre au chômage. C’est une réponse concrète au progrès technologique et social, une démarche de développement durable.

Copier le système « dual » allemand ou suisse

Si nous analysons le système dit « dual » de ces 2 pays, tout en tenant compte des spécificités fran­çaises qui ne pourraient pas permettre, tout au moins dans un premier temps, une remise en cause totale de notre système éducatif, quelques propositions pourraient obtenir des résultats rapides : utiliser une pédagogie inversée, faire des formations transverses facilitant ainsi l’idée d’interopérabilité inhérente au BIM, décréter systématique la formation BIM.

D’autres propositions seraient faciles à mettre en œuvre comme :

  • créer un réseau d’Instituts Universitaires des Métiers du bâtiment durable à l’instar des HES suisses (Hautes Ecoles Spécialisées) ou des écoles supérieures techniques allemandes.
  • développer un diplôme universitaire Compagnon durable (dito IUT Marne-la-Vallée)
  • créer un concours national BIM inter-écoles permettant à tous de maîtriser le process par un aspect ludique cher à la génération Y ou Z.

Un artisan, un productif, ce qu’il vend, c’est du temps

Mais la mutation des compétences des hommes de métier du bâtiment doit s’accompagner d’une élévation de leur niveau de satisfaction économique. Rien donc ne pourra vraiment lui donner la respiration nécessaire, un second souffle sans lui redonner du temps. Un temps aujourd’hui dégluti par le labyrinthe administratif.

Le temps inutile se cache partout : on doit simplifier le processus administratif, éliminer la redondance des formulaires, des permis, des écritures. En moyenne, il faut saisir 7 fois les mêmes données quand on réalise un chantier. La collectivité doit faire le « 5S » des procédures, le Lean-management des démarches pour retrouver des marges de manœuvre. Le temps consacré à la paperasse s’oppose à la production (même si un minimum se conçoit). On sait que 50 % du CA du bâtiment est produit par des artisans. Les pouvoirs publics doivent consacrer moyens économiques et humains à gagner du temps, à éliminer le temps perdu, à investir dans le numérique digne d’un pays moderne, d’une société qui se dirige tout droit vers l’industrie du 4.0.

Il faut donc se mobiliser pour créer des ERP (des progiciels de gestion intégrés) qui faciliteront la rédac­tion des formulaires administratifs numériques, (du devis au DIUO). Mais aussi à la dématérialisation des actes écrits (zéro papier sur les chantiers). Nous devons établir un plan efficace et pratique pour un déploiement opérationnel du BIM pour les Artisans et PME, accompagner d’un plan de déploiement opérationnel d’amélioration continue (lean construction jusqu’au RSE) et développer des utilitaires 3D et des outils de calculs simples pour couvrir les cas courants, ce qui participera à la montée en qualité des chantiers.

Agir sur tous les leviers qui permettront de répondre aux performances énergétiques

En effet, il faut agir sur tous les leviers qui permettront de répondre aux performances énergétiques des rénovations, des constructions en général. Aucun acteur de la filière n’est à délaisser dans la remise en marche de la dynamique systémique. On doit, par exemple, développer la certification des bureaux d’études et des mandataires de chantiers mais aussi :

  • afficher le degré de sinistralité des entreprises
  • promouvoir la structuration des groupements de compétences (à l’image de Dorémi, Batireco®, Renovactif, Capeb-grand paris, etc…)
  • faire évoluer les procédures d’appels d’offres publics (allotissement) en tenant compte de la spéci­ficité qu’entraine le BIM (la nécessité de travailler plus précisément dans la phase conception et préparation doit modifier les tranches de rémunération).
  • développer un WIKIPEDIA de la construction : BATIPEDIA créé par le CSTB en octobre 2014 pourrait sans doute répondre à la nécessité d’un portail internet regroupant toutes les données liés de près ou de loin à l’industrie du bâtiment.

Changer de paradigme : mettre les règles de bonne pratique à la portée des cols bleus

Alors que nous n’avons jamais eu autant de règles, de codes et de lois, la sinistralité dans le bâtiment est en croissance continue. Des règles ésotériques qui n’ont de cesse que de couvrir le signataire. Un langage incompréhensible par le col bleu qui, au demeurant n’est pas un grand lecteur. Si nous avons l’ambition de donner les clés des règle de l’art à un productif, il faut parler son langage, un langage international : le dessin. Le dessin est ce langage, ce vecteur qui, depuis longtemps, est utilisé par les industries automobiles ou aéronautiques. C’est aussi un langage utilisé par le bâtiment depuis son origine, mais l’intellectualisation de l’ingénierie nous l’a fait oublier. C’est la démarche qui a prévalu à l’instauration du BIM. Il faut prolonger l’idée et ainsi traduire en images animées les principes construc­tifs, les normes, labels et certifications. DTU, codes, documents techniques, Atex, Avis Techniques, documents RAGE, retours d’expérience, etc… sinon, comment lire toute cette littérature ?

Comment peut-on aussi espérer que ceux qui réalisent 2/3 du CA du bâtiment soient en mesure de le faire selon les normes et prescriptions absconses qui ne sont jamais lues? Il faut être incorrigiblement méprisants et finalement irresponsables pour ne pas imaginer avoir à en payer le coût. Nous sommes face au syndrome de l’autruche. Il faut mettre les moyens pour franchir le palier.

Il faut pour cela, que toute la filière se mobilise. Les industriels sont clairement concernés. Ils doivent créer des « notices de pose ou de montage animées » de leurs produits en même temps qu’ils doivent se mobiliser pour créer des e-catalogues ; Les notices animées pourraient être consultables instantanément grâce à son smartphones via un flash-code que les indus­triels pourraient imprimer au revers des produits ou sur la tranche des équipements. Les travailleurs immigrés ou détachés voire les intérimaires qui ne seront jamais vraiment formés institutionnellement n’auraient ainsi pas la possibilité d’échapper à l’information.

Il faut aussi que les industriels se focalisent sur les Kits de montage et les clips qui contraignent les metteurs en œuvre à la parfaite réalisation. Si cela existe déjà, l’effort à faire est considérable. Un effort qui participerait à la montée en qualité des auto-constructeurs. Pour rappel, le marché du bricolage représente 24 milliards d’€/an en France. C’est quasiment 1 fois et demie le marché des TGE. C’est considérable. Ils seraient aussi particulièrement intéressés par les films animés consultables par flash-code.

 

Pour Conclure

Pour permettre de répondre aux performances énergétiques mais plus encore, de s’inscrire ambitieusement avec la perspective d’atteindre la cible du facteur 4 à l’horizon 2050, créer encore et toujours des moyens techniques qui faciliteront la tâche de ceux qui rénovent et qui bâtissent, tout en conservant précieusement les savoir-faire traditionnels. Leur redonner des gains de productivité pour qu’ils puissent s’investir dans la nouvelle économie du bâtiment : leur redonner du temps et traduire les réglementations en schémas et animations. Enfin reconsidérer les cols bleus, et parce que c’est indispensable, vitale, doubler les effectifs des artisans et ouvriers du bâtiment, les travailleurs cognitifs du bâtiment 4.0. Ré-enchantant la filière connectée du bâti­ment, ils trouveront dans leur métier, les raisons de vivre dans une société soutenable, pour nous tous.